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The Grand Prix saboteurs

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Cover.jpgVoilà un livre (en anglais) qui arrive hélas un peu tard pour les fêtes. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, il ne s’agit pas d’une biographie de Jean Todt (sinon, elle s’appellerait « The Grand Prix & Dakar saboteur ».)
Ce livre écrit par l’un des rédacteurs du site grandprix.com retrace l’histoire de la cellule « noix » animée par trois pilotes de grand prix durant l’occupation: Charles Frederick William Grove (alias « W Williams »), Robert Benoist et Jean-Pierre Wimille. Trois bugattistes de premier plan. Il a déjà existé des livres sur cet épisode, mais l’intéret de The Grand Prix saboteurs, c’est qu’il bénéficie d’archives des services secrets britanniques récemment ouvertes.

Lorsque la guerre éclate, Benoist et Williams ont déjà raccroché leurs volants, alors que Wimille fait parti des espoirs dont la carrière fut interrompue par le conflit (à l’instar de Farina ou de Trintignant.)

Fils d’Anglais, de mère Française, ayant grandi dans le luxe à Monaco, Charles Frederick William Grove doit tout quitter pour vivre sa passion du sport automobile. A Paris, il devient chauffeur de maître pour un peintre irlandais, dont il épousera ensuite la maîtresse. Ayant réuni assez d’argent pour acheter une Bugatti, il court sous le pseudonyme de « W Williams » (jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les prénoms ne figurent pas sur les programmes des courses.) Il remporte le premier grand prix de Monaco, en 1929. Après d’autres succès, il décide de profiter de l’héritage familial pour vivre une vie de rentier. Lorsque la guerre éclate, il s’engage dans l’armée anglaise, comme chauffeur. Il s’ennuie d’autant qu’à la débacle, il se retrouve en Grande-Bretagne alors que sa femme est toujours en France. Bilingue, connaissant bien le « beau monde » de Paris, il est « repéré » par les services secrets (les SOE), qui l’engage en 1941. L’ironie du sort voulant que sa formation ait eu lieu au chateau de Lord Montaigu, qui est désormais un musée automobile. Il est largué en France où il doit monter seul un réseau capable de saboter les infrastructures nazies, en vu du débarquement.

Benoist_wimille.jpgEgalement issu d’une bonne famille, Robert Benoist est un peu plus vieux que Williams. Dans les derniers mois de la première guerre mondiale, il fut pilote pour la toute jeune armée de l’air. Après-guerre, il commence à courir. En 1927, pilote d’usine Delage, il remporte les quatre grands prix majeurs d’Europe. Ce qui lui vaut alors le titre de « champion du monde non-officiel » (57 ans avant Prost!) Au début des années 30, les Delage ne peuvent plus lutter face aux Bugatti. L’écurie est dissoute et Benoist ne court plus que sporadiquement. Il remporte tout de même les 24 heures du Mans 1937 sur un « tank » Bugatti. Lorsque la guerre éclate, il est trop vieux pour s’engager. En 1942, Williams, isolé, le contacte pour monter une cellule de résistance, en même tant que Wimille.

Jean-Pierre Wimille est le plus jeune. Pilote Bugatti au début des années 30, il est victime de l’arrivée des Alfa-Romeo, puis des voitures Allemandes, qui l’empêchent de se battir un palmarès, ne lui laissant que des victoires de seconde zones en Afrique. Outre les 24 heures du Mans 1937, il remportera d’autres victoires en « sport » pour Bugatti, dont d’autres 24 heures du Mans, avec Pierre Veyron. Lorsque la guerre éclate, il s’engage dans l’armée de l’air, comme pilote. Démobilisé à la débâcle, il retrouve Benoist et Williams à Paris…

william_20grover_williams.jpgLoin d’être une équipe de bras cassés, le réseau « noix » commis de nombreuses actions héroïques. Hélas, en juillet 1943, le frère de Benoist est arrêté par la gestapo. Ils l’emmènent au château des Benoist où est caché Williams. Déporté à Sachshausen, il y sera fusillé en 1944.
3 jours après l’arrestation de Williams, la gestapo met la main sur Benoist, qui saute de la voiture de la gestapo alors qu’elle roule. Au terme d’une incroyable cavale, il réussit à fuir en Grande-Bretagne. En février 1944, les SOE le parachutent en France où il doit fonder un nouveau réseau, baptisé « prêtre ». Mais la plupart des membres seront arrêtés avant même d’agir. En juillet, il est arrêté par la gestapo. Déporté à Büchenwald, il y sera executé en septembre.
Peu après l’arrestation de Benoist, la gestapo débarque dans un autre château des Benoist, où se trouvent notamment Wimille et sa femme. Wimille réussit à s’enfuir. Arrêtée, sa femme devait être déportée. Heureusement, à Gare de l’est, l’un de ses cousins travaille pour la croix rouge et elle réussit à s’échapper in extremis. Vainqueur de la coupe des prisonniers en 1945, premier meeting français d’après-guerre (un an après le jour supposé de l’execution de Benoist), il donnera à Bugatti sa dernière victoire. Vainqueur de nombreuses courses après-guerre sur Alfa-Romeo, puis sur Gordini. Il tentera également de créer sa GT, dont 3 prototypes furent conçus. Il est mort lors des essais du Grand Prix de Buenos Aires. La légende veut qu’une femme, inconsciente, ait traversée la piste avec une poussette et que Wimille, en voulant l’éviter, foncera sur un arbre.

Wimille_gordini.jpg

Evidemment, maintenant, vous saurez comment le livre finit. Mais il est néanmoins remplis de passage passionnants.

A noter qu’il exista d’autres agents secrets en F1. Un modeste pilote Cooper, dans les années 50, était en fait un agent de la CIA chargé de debusquer d’anciens nazis. Don Nichols, le fondateur de Shadows? Il débuta comme agent de la CIA en Corée du Sud, chargé de convaincre des réfugiés venus du nord à retourner dans leur pays, comme informateur. Plus près de nous, le responsable des achats de Stewart Grand Prix était un ancien administratif du MI-5. Il écrivit une biographie (fantasmée?) sur son ancien job qui créa la panique chez les services secrets britanniques…

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8 Commentaires sur "The Grand Prix saboteurs"

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Bernard Fournol
Editor

Un complément à la lecture de « Jean Pierre Wimille, à bientôt la revanche » excellent ouvrage (en français et en anglais) qui évoque longuement l’épisode « Chestnut » et celle de « Clergyman », réseau construit sur les décombres de Chestnut par Benoist après l’arrestation de Williams avec JP Wimille et sa femme Cric

Barney Alvine
Membre
Très intéressant cet article et donc ce livre, Joest. Il y a suffisamment d’aventures pour en faire un film passionnant! Ces hommes, parce que l’on en a que de vieilles photos en noir&blanc n’étaient pas de petits pépères à l’image de René Riffaud, qui vient de mourir à l’âge de 108 ans. C’étaient avant tout des hommes actifs et courageux qui ne larguaient sûrement pas leur équipe après 2 titres mondiaux, parce que 10 millions d’euros ne suffisent pas. Courses auto, pilotes de chasse, service secret, héroïsme, évasions un mélange détonnant et autrement plus véritable qu’un James bond de paillettes.… Lire la suite >>
Joest
Invité

Barney> J’ai parlé de « La passionne », le film de Chris Rea, dans mon article sur Bruce McLaren.

Je compte bientôt faire un post complet dessus.

Barney Alvine
Membre

Très bien; l’apothéose serait de trouver un moyen de pouvoir enfin le voir ce film 😉

Barney Alvine
Membre

… ah zut, enterré, ce film? (je viens de (re)lire ton article sur Bruce). Il m’a semblé qu’Arte l’avait diffusé. Je dois me tromper 🙁

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