Brève rencontre: Delahaye 235

DELAHAYE 235 Brève rencontre: Delahaye 235Tous les constructeurs Français de voitures de luxe (à l’exception de Facel-Vega et de Talbot-Lago) ont disparu vers 1955. Toutes les voitures de luxe d’après-guerre sont donc autant de “brèves rencontres”.

Parmi elles, la 235 fut une de ces tentatives desesperées. Delahaye avait 0% de chance de remonter la pente avec elle et la clientèle était déjà passé à autre chose.

Delahaye 135 1948 Brève rencontre: Delahaye 235Delahaye fut fondée en 1895. A la fin des années vingt, elle se rapprocha de Chenard & Walker et Unic pour créer une “General Motors à la française” (d’après les termes de l’époque.) L’accord fit long feu. A la fin des années 30, Delahaye monta en gamme, se lança dans la compétition (avec succès) et s’offrit Amilcar et Delage. En parallèle, la marque produisait des utilitaires légers, dont de fameuses ambulances, comme celle de la municipalité de Sartrouville avec laquelle L-F Céline s’enfuit lors de l’éxode de 1940.

Après-guerre, comme tous les autres constructeurs français, Delahaye est K.O. L’état compte nationaliser en bloc et regrouper Delhaye (dont seuls les utilitaires l’intéresse) avec Unic (même chose), les constructeurs de camions Bernard et Laffly et Simca (qui arrachera in extremis son indépendance) au sein de la G.F.A. Faute de produire des voitures “populaires”, Delahaye n’a pas le droit à des aides pour se relever (au contraire, l’état aurait plutôt tendance à torpiller les constructeurs de prestiges, vu qu’ils sont “inutiles”.)
Delahaye 175 Chapron Salon1948 Brève rencontre: Delahaye 235Delahaye s’enferme dans un cercle vicieux: pas de moyens pour créer de nouveaux modèles, donc on se contente de replatrer les Delahaye d’avant-guerre, qui ne correspondent plus aux goûts du public, d’où des ventes modestes, des finances un peu plus fragilisées et l’impossibilté de se lancer dans l’étude de nouveaux modèles, etc. En plus, pour mieux clouer son propre cercueil, Delahaye reste fidèle à des archaïsmes comme les châssis séparé, l’absence de carrosserie “usine”, les freins à câbles (alors que Dunlop finalise les disques) ou le volant à droite. A cela s’ajoute la boite de vitesse semi-automatique Cotal, une fausse-bonne idée, aussi “instinctive” que les premiers iDrive de BMW et aussi fiable qu’un équipement Lucas…

delahaye 235 Motto Brève rencontre: Delahaye 235En 1952, Delahaye sort un nouveau modèle: la 235. Comme son nom l’indique, elle dérive en ligne droite de la 135. Les modifications concernent le 6 cylindres poussé à 150ch (contre 135 auparavant), un châssis renforcé et un amortissement légèrement amélioré. Par contre, elle garde un volant du mauvais côté.
Philippe Charbonneaux a créé un dessin executé par Motto en Italie. Comme toute voiture d’avant-guerre, la 135/235 est longue, pas très large et relativement haute. Le talent de Motto fut de concevoir une carrosserie très moderne malgré cela.

1953 delahaye 235 cabriolet by chapron Brève rencontre: Delahaye 235Avec 180km/h en pointe, la Delahaye 235 n’a pas à rougir face à une Jaguar. D’autant que pour en acheter une, en France, il faut avoir un compte en devises (les sorties de devises étant interdites) et prendre son mal en patience car Jaguar (comme Ferrari, Porsche et les autres) sert en premier les clients Américains…
Du coup, la 235 souffre davantage de la concurrence des Citroën 15cv-six et Ford Vedette (?) Ces dernières n’ont pas la noblesse, ni les performances d’une Delahaye, mais elles sont trois fois moins chères, nettement plus modernes (alors que la “quinze” date de 1939) et surtout, leurs constructeurs font dans le “prêt-à-porter”.

Au total, Delhaye fabriquera 83 exemplaires de la 235, certains habillés de carrosseries que même un Elton John ou un Liberace trouverait trop kitsches.
En 1954, Delahaye, au bord de la faillite, fusionne avec Hotchkiss et c’en est fini de cette marque.

std 1953 delahaye 235 coupe by chapron Brève rencontre: Delahaye 235

  1. goldeneye911 dit :

    pour avoir un ami qui en possede une en beige version cabriolet c’est une auto magnifique

  2. Dadounet dit :

    Article fouillé !

    > Dunlop finalise les disques
    N’était-ce pas Jaguar type D?

  3. Pierre V. dit :

    Merci pour cet article très instructif !

    Quand on voit que déjà à l’époque, le gouvernement d’alors avait une politique quasi-autophobe, on comprend mieux la faillite totale du haut de gamme Français…

  4. 6V3L dit :

    Triste chant du cigne pour les belles autos françaises. RIP.

  5. 6V3L dit :

    Allez j’en rajoute une… Cette marque a été tuée par l’idéologie… Cette idéologie on en a vu une application lors de la course des champions à Bercy où Cocorico une R26 et une C4 se tiraient la bourre. Franco, français, cocorico, heureusement qu’on est les meilleurs derrière notre ligne Magnot. Calvet conspuait les japonais, aujourd’hui PSA produit en Slovaquie et Toyota est une marque française.
    Rappelons qu’aucune auto française ne peut rivaliser avec la concurrence sérieuse. Les constructeurs français font exactement le contraire des italiens, des anglais ou des suédois, ils se contente de se battre contre Opel et Ford. La C6, seule auto de luxe française ne pourra se battre contre une Audi 6 ou une série 5, elle n’arrive même pas à la cheville d’une Alfa 159 cible pourtant facile avec son V6 de merde.
    Il y a quelques années, à Bagatelle, Alfa a exposé une 8C2300B, elle avait déjà avant guerre un gabrit qui lui permettrait de survivre. Peu de temps après, alors que je roulais (pauvre de moi) en Polo, j’ai eu la surprise de me faire déposer sur l’autoroute du Nord par un énorme vaisseau : un coupé Alfa dit Villa d’Este vert lavabo (vraiment moche comme couleur). Cette auto est contemporaine des Delahaye et autres Talbot. Alfa, soutenue par les communistes italiens, a su réagir et a créé la Giuletta. Alfa vit toujours et Ferrari a repris le flambeau de la plus belle voiture du monde. Nos communistes n’aimaient décédément pas l’auto comme le français d’aujourd’hui… Le français ne mérite qu’une Kangoo ou une Logan s’il veut faire luxe. Quand on sait qu’ont existées les Delage 8, les Delahaye 135 et les Bugatti ça fait de la peine.

  6. 6V3L dit :

    Désolé pour les fotes d’autografe

  7. Gpunto dit :

    “Toyota est une marque française.”

    Tu veux dire Nissan?

  8. Je sens qu’on sombre dans la mélancolie déclinologiste, alors pour remettre un peu d’ambiance, voici en direct des archives du Blog Auto, une Delahaye à moteur de Dodge Viper

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